C’est autour de cette thématique qu’une conférence-débats a été organisée le jeudi 18 novembre 2021 en partenariat avec l’UNESCO à Brazzaville dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de la philosophie.

Animée par le Professeur Charles Zacharie BOWAO, cette conférence a connu la présence des différentes autorités à l’instar du Ministre en charge de l’Enseignement Technique et Professionnel Monsieur Gislain Thierry MANGUESSA EBOME et celle des enseignants chercheurs et étudiants qui ont activement pris part à cette rencontre.

Profitant de l’occasion , le Professeur Charles Zacharie BOWAO a fait n brillant exposé retraçant l’importance de la philosophie surtout en ce temps de crise sanitaire et de la pandémie de Covid-19 tout en échangeant fructueusement avec l’auditoire sur les questions purement et simplement philosophiques. 

« Alors, qu’est-ce que la sagesse ? Qui est celui qui, la détenant, mérite l’appellation de « sage » ? Plus qu’une connaissance rationnelle de la réalité du « monde », la sagesse exige, d’abord, une certaine attitude qu’introduit non pas n’importe quel savoir, mais celui dont l’inscription du fronton au « Temple de Delphes » est une invite chère à Socrate et Platon : « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les  dieux ! ».

Ainsi, la sagesse serait tout autant une connaissance de l’être de l’homme(en tant que « microcosme »), qu’un « art de vivre », ou une éthique de vie qu’incite le « désir de savoir » ou la « Philosophie »comme une disposition métaphysique à la quête perpétuelle du sens d’être au monde, fondée sur la prise de conscience de sa propre ignorance. Ce « sens » qui détermine la nature et la fonction de la vérité, en tant que ce qui éclaire les « flotteurs » que sont les hommes sur le fleuve de l’existence, s’écoulant sans cesse, comme dit Héraclite ; est tributaire de l’acquisition de la sagesse. En tant qu’art de vivre. Ce sens est-il de l’ordre du « passé »ou du « temps qui vient» ?

Si cette quête du sens devrait absolument conduire le philosophe vers les « bords du puits où la vérité s’est retirée », comme le soutient Jean Jacques Rousseau (Discours sur les Sciences et les arts), alors, la sagesse ou l’art de vivre serait à rechercher dans le fonds des « traditions », comme sédiments des cultures humaines. Mais, si cette quête du sens exige plutôt que l’être humain s’affirme par lui-même, en tant que « projet », au sens de l’existentialisme est un humanisme de Jean-Paul Sartre, alors, cet « art de vivre » serait à construire et à reconstruire sans cesse dans les situations-limites, pour un « devenir » éthiquement plus qu’humain : humaniste, trans-humaniste ou post-humaniste.

Ces deux perceptives passéistes et futuristes mettent à l’épreuve la responsabilité du philosophe, en général, et celle du philosophe africain, en particulier, dont l’entreprise critique est assurément perturbée par sa position d’ « écartelé » ou d’ « aventurier ambigu » qu’évoque Cheik AMIDOU KANE, entre la culture philosophique occidentale dominent sa conscience et ses propres savoirs endogènes, presque oubliés, et/ou ses réalités culturelles actuelles en proie aux assauts de la mondialisation.

Alors, il serait du devoir de la pensée critique de s’interroger et de tout interroger. Peut-on entrevoir le dialogue des cultures ou des civilisations au mépris de « soi » pour l’ « autre » ? L’inter culturalité peut-elle prospérer au bénéfice de la quête du sens partagé des « cultures mondialistes » et au mépris des usages culturels de son environnement social, culturel, historique, géographique et politique ? L’entreprise critique en Afrique n’exige-t-elle pas( pour son affirmation et sa propre survie au milieu du « village planétaire ») une reconstruction structurée des savoirs endogènes et usagers culturels persistants, auxquels les populations recourent devant les situations-limites du genre de celle générée par l’apparition mondialisée de la pandémie de COVID-19 ?

Et puisque, comme l’affirme Mamoussé DIAGNE (Critique de la raison orale) : « Les péripéties d’une histoire épistémique singulière installent le discours sur les cultures africaines dans un champ théorique déjà occupé par d’autres types de savoirs. Ce qui l’oblige, par moment, à leur emprunter les matériaux de sa réflexion ou des catégories et des concepts engagés dans des heuristiques autres que philosophiques ».

 

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